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BALKANS ALBANIE : SOUS L'OEIL DE STALINE

Située à la périphérie de Tirana en Albanie, des gardes armés se chargent maintenant de la protection des derniers monuments en bronze rescapés des pillages et des destructions. Pendant la période faste du communisme, la fonderie des dictateurs employait une centaine de personnes. Aujourd'hui l'avènement dans les larmes et le sang des partis démocratiques post communistes a détrôné ces idoles, traînées à travers la ville sous les injures du peuple. Ce bronze chargé de symboles, d'époque maoïste et stalinienne attire maintenant de riches Américains qui n'hésitent pas à se taire tirer le portrait.

Six personnes travaillent à la fonderie des dictateurs. Ces derniers ouvriers du bronze fondent inlassablement les vestiges de la dictature pour refaire du nouveau. Ces monuments, fragments d'histoire ont vu des milliers de fidèles défiler et attendent aujourd'hui dans l'indifférence de retourner à l'état de métal. Seules les oeuvres majeures et symboliques sont précieusement conservées. Après la période faste du culte de la personnalité, ces artisans pratiquent l'autofinancement, première étape vers la libre entreprise et le capitalisme. Ils perçoivent un salaire en fonction des commandes et de leurs productions. La matière première, ce bronze si pur ne demande qu'à être refondu et coulé. Cela permet d'augmenter considérablement la rentabilité de la fonderie malgré les outils obsolètes. Les techniques ancestrales et archaïques du travail du bronze donnent une patine particulière, la signature de la fonderie des dictateurs. Aujourd'hui les commandes se font rares et les fondeurs se sont regroupés en coopérative artistique. Certaines familles aisées passent des commandes pour des bustes funéraires et quelques restaurants branchés de la capitale exhibent leurs propriétaires en bronze du régime, comme un pied de nez aux anciens apparatchiks encore au pouvoir.

A l'image du musée de Tirana, où la salle de propagande de l'ex-régime communiste reste fermée, alors que l'on affiche et dénonce les crimes de la dictature, le passé est difficile à assumer. L'Albanie reste livrée à elle même. Les mafias locales se substituent au pouvoir quasi inexistant et corrompu. Dans la mémoire collective, le pays a déjà condamné à mort ces monuments. A l'abri des regards indiscrets, pour ne pas réveiller de vieilles plaies, les derniers symboles de dictatures sanglantes attendent paisiblement leurs exécutions. Pourtant, même détruites, elles feront encore et pour longtemps partie du décor.