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CASAMANCE : DES COQUILLAGES DANS LE BETON


La Casamance a gardé son naturel mélancolique bercé par le grand fleuve et l’abondance d’une nature encore préservée. Les Diolas et les autres ethnies animistes, Mandjacs, Mancagnes, premiers occupants de la région cohabitent avec les Wolofs majoritairement musulmans venus du nord.

Et puis vient la guerre avec son cortège de misères et de souffrances. Des hôtels vides et des touristes en fuite … une région enclavée, minée, presque oubliée de tous… et la catastrophe du « Joola », le Titanic Africain qui l’endeuille irrémédiablement et l’isole encore plus du nord du pays.

Puis le calme revient, les « rebelles » les plus va-t-en guerre se fatiguent. La paix donne la force d’y croire à nouveau et se transforme peu à peu en un véritable fond de commerce avec ses dérives : villages réhabilités qui n’existent pas, promesses politiques sans lendemain …

Bientôt s’organisent de véritables expéditions de pirogues bondées qui essayent désespérément de rejoindre les Canaries et l’Europe. Les prétendants au départ affluent de toute la sous région. Les Diolas moins crédules et bon marin observent cette catastrophe et tentent de dissuader leurs enfants d’y participer. Seuls les plus chanceux arriveront à destination, les autres font naufrage prés des côtes ou sont recueillis sur les routes de navigation internationales.  Pour nombre d’entre eux, le miroir aux alouettes de nos sociétés riches n’apportera que la mort. Mais qui n’a pas le droit de tenter sa chance ? 

Le maillage ethnique complexe caractéristique de cette région enclavée fait perdre ses repères au plus stable d’entre nous. Fruit d’une longue maturation et entachée de fractures historiques et  sanglantes, notre modèle démocratique ne se décrète pas, il doit se construire avec les spécificités, la culture et les traditions locales. Bien sur, l’échelle des besoins n’est pas comparable entre cette région en devenir et l’opulence de notre société de consommation. Deux mondes si différents avec ses liens de solidarités qui nous rassemblent et tant d’incompréhensions qui nous rassurent sur nos différences.

Il y a encore peu de temps la monnaie n'était que coquillages. Aujourd'hui le riz rose des Diolas qu’ils conservent précieusement dans les greniers, s’apparente à nos lingots d’or placés dans les banques. Mais ce riz, symbole de la richesse du village ne peut être vendu. Bien caché, même les coordinateurs du World Food Program ne peuvent l'évaluer pour en tirer des statistiques ...

Et puis il y a la dette, le troc et les échanges qui régissent la vie de tous les jours. Les échanges de dettes sont d'ailleurs premiers au troc. L'argent quand à lui prend une toute autre signification puisque l'on ne se pose pas la question de savoir de quoi demain sera fait.  L’idée même d’accumuler en prévision des jours difficiles, ne se pratique pas, ne s’imagine pas et dérange les croyances. Vivre comme le toubab, le blanc, c’est se faire rejeter de la communauté, être mis à l’écart et voir sa maison vidée des nombreuses visites qui rythme la journée. 

Pourtant l’argent est là et bien la. En petite quantité certes, mais sa vitesse de circulation peut donner l’illusion qu’il en existe plus. Le constat est simple : puisque l’argent manque faisons le circuler rapidement pour que chacun le touche et le possède même 5 minutes dans une journée.  

« Toubab denew nit », c'est-à-dire « le blanc n’est pas humain » reste l’expression positive consacrée pour représenter notre ingéniosité, notre savoir faire et notre développement, mais également notre non humanité. La crise économique que subissent les pays riches a déjà des conséquences en Casamance et au delà dans toute l’Afrique. Une chose est sure toutefois, l’idée que les grands acteurs de l’économie mondiale s’appauvrissent et seraient au bord du gouffre est un fait totalement nouveau et incompréhensible pour l’Africain.  Il ne la comprend pas et ne peut y croire. Comprendre c’est « se mettre à la place de », mais de qui, de quoi, comment comprendre que nous, pays riches, en soyons arrivé là ? Notre non humanité aurait elle pris le dessus ?

L’occident tente d’apporter ses remèdes à une situation explicable, compréhensible. Certes, le comportement des acteurs économiques s’explique. Les intérêts seraient ils  devenus trop contradictoires entre les différentes logiques d’enrichissement et la valeur réelle du travail ?

Une seule certitude demeure aujourd’hui, "quand le riche maigrit, le pauvre meurt" (proverbe Africain) et la probabilité pour que l’Afrique se retrouve seule face à ses problèmes existe bel et bien. L’action du FMI et de la Banque Mondiale, souvent décriée à tord ou à raison, risque de se focaliser sur nos économies agonisantes. Le règne du « chacun pour soi » n’est pas forcement un handicap pour l’Afrique, peut être l’occasion de déterminer son propre destin en cohérence avec ses valeurs, même si cela se fera sans doute dans la douleur. Mais les atouts existent pour ce continent : richesses, générations jeunes en devenir, optimisme à tout épreuve et conscience bien réelle de notre condition d’être humain que l’on se doit de supporter et si possible, dans la joie.


pirogue « Wonderfull Jesus » / juin 2008
Village de Diogué à l’embouchure du fleuve Casamance. Vestiges du premier comptoir français et de son phare face à l’île de Carabane. Centre de pêche multi éthique, c’est aussi un point de départ pour les pirogues qui tentent de rejoindre les Canaries et l’Europe


Travail des femmes / octobre 2007
Les femmes de Kafountine travaillent le Como. Ce poisson fumé sera expédié dans toute la sous région. Utiliser en poudre,  il apportera le complément en protéines indispensable pour les peuples qui n’ont pas accès à la mer


inspection des impôts / mai 2008
Les bâtiments administratifs et les édifices coloniaux de Ziguinchor (capitale de la basse Casamance), ont conservés leur charme mélancolique, vestige d’une autre époque


« les nécessiteux » / octobre 2007
En période du Ramadan il est de tradition d’aider les nécessiteux et les handicapés qui se pressent devant les demeures des plus riches pour attendre la distributions de sucre, d’huile et parfois même d’un peu d’argent


Ecole coranique / avril 2008
Les confréries musulmanes, Mourides, Tidjane et Laye envoient les enfants suivrent l’étude du coran. Cet apprentissage inclus une période plus ou moins longue ou les petits « talibés » seront confrontés à la quête et devront apporter le maigre résultat de leurs journée (quelques morceaux de sucre, un peu de farine, etc. …) à leur marabout.


Récolte du riz / septembre 2007
La récolte du riz dans le village animiste d’Itou est un évènement festif. Seules les femmes y participent en chantant. Ce riz rose d’une qualité nutritive sans équivalent ne sera jamais vendu.


Enfants des rues / mai 2008
La puissance joyeuse et conquérante des enfants des rues de Ziguinchor est une source d’espoir infinie pour l’avenir de la région

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